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Vendredi 17 mai 2013 5 17 /05 /Mai /2013 19:35

http://image.toutlecine.com/photos/l/e/0/le-passe-15-05-2013-3-g.jpg

 

Je suis sortie de la séance du Passé d'Asghar Farhadi il y a peine une heure et il faut que je prenne le clavier tout de suite pour écrire quelques mots. Grande admiratrice du cinéaste iranien qui est pour moi l'un des plus grands de ce siècle (Les enfants de Belleville et Une séparation sont des chef-d'oeuvres), je ne pouvais que me précipiter sur son dernier film en compétition au Festival de Cannes. Autant dire que celui-ci est un concurrent plus que sérieux.

C'est l'histoire de Marie qui vit en France avec ses deux filles et son nouveau compagnon, lui aussi ayant un fils. Le film commence lorsque Ahmad, l'époux de Marie, arrive d'Iran chez eux après 4 ans de séparation pour signer les papiers du divorce. Le passé va les rattaper, chacun à leur manière. Voilà. Je ne peux vous en dire plus, ce serait vous gâcher le film. Sachez que Le Passé touche, bouleverse. Au fur et à mesure que Ahmad découvre la nouvelle vie de sa "femme", nous découvrons avec lui des secrets, un passé qui va resurgir et secouer les protagonistes de ce drame humain et réaliste. La mise en scène d'Asghar Farhadi, discrète et utilisant à merveille le hors champ (comme dans Une Séparation), met en avant la beauté fragile de Bérénice Béjo, exceptionnelle, et de ses deux partenaires, les excellents Tahar Rahim (Un Prophète) et Ali Mosaffa (Une Séparation). Il y a le passé de ce trio : un acte, un choix, une rencontre, une tache sur une robe, le regard d'un enfant, une femme, une maison, un amour éteint, des regrets...Chacun participe à un tout, une grande histoire, dans laquelle chacun amène ses choix, sa moralité, ses désirs, ses regrets pour mieux s'y confronter.
Pour son premier film français, le cinéaste garde le même sens du rythme et ses thèmes fétiches : les secrets, les mensonges, le passé, les conflits familiaux, l'amour, l'éducation des enfants...Comme dans ses précédents films, c'est l'arrivée d'un "intrus", d'une personne extérieure dans une famille, qui va mettre en avant les failles et les mensonges (voir La Fête du feu et Une Séparation). Les enfants ont également à nouveau des rôles forts, importants. Asghar Farhadi est l'un des rares réalisateurs à leur donner de la profondeur, à l'égal des adultes.

Le drame familial qui se noue dégage au fur et à mesure du récit une ampleur bouleversante, qui nous met K.O (la dernière scène est un uppercut en pleine face). La Palme d'Or? On en reparle dans quelques jours...

 

http://medias.unifrance.org/medias/16/134/99856/format_page/le-passe.jpg

Par Keira3 - Publié dans : Les excellents films (***/****)
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Lundi 13 mai 2013 1 13 /05 /Mai /2013 18:31

 http://www.ifi.ie/wp-content/uploads/take_this_waltz-2.jpg

 

Avant tout, il faut parler d'elles. Deux femmes : Sarah Polley et Michelle Williams. L'une rousse, peau diaphane, discrète, qu'on ne verra pas mais qu'on sentira derrière chaque plan. L'autre blonde, éclatante, magnifique, qui bouffe l'écran à chaque plan, chaque regard, de fait, on ne voit qu'elle. Et puis, il y a un film. Une histoire d'amour(s), une histoire d'adultère, une histoire de passion(s), une histoire sur une femme qui aime, beaucoup sans doute, mal peut-être. Elle s'appelle Margot, vit heureuse avec son mari Lou, auteur de livres de cuisine spécialisés sur le poulet. Un jour, alors qu'elle rentre de France pour son travail, elle rencontre dans l'avion Daniel. Le jeune homme est séduisant, drôle. Et il habite en face de chez eux. 

Comment faire quand on tombe amoureux alors que l'on est marié? Outre cette question que divers réalisateurs ont développé (de Sur la Route de Madison à The Deep Blue Sea), Sarah Polley filme également "l'après", les conséquences, à travers un beau travelling autour d'un lit. Le sexe. Et puis la vie commune. L'ennui. Les regrets ? Ai-je fait le bon choix? semble nous crier le beau regard de Michelle Williams dans la dernière scène du film. Une question que Sarah Polley laisse en suspens, préférant nous laisser le choix de répondre cette question. La grande force de la cinéaste est de ne jamais juger ses personnages mais de montrer en petites touches tendres comment on peut tomber amoureux d'un autre alors qu'on est marié (l'adultère est souvent un thème filmé de manière négative, ici c'est lumineux même si mélancolique).

Sarah Polley tisse un drame remarquable jamais larmoyant, lumineux, solaire, à l'image de son premier long-métrage, Loin d'elle (Away from her, 2006, avec Julie Christie). Elle est une des rares réalisatrices à filmer aussi bien les petits touts et les petits riens de l'amour, cette magie qu'il y a entre deux personnes qui ne s'explique pas. Malgré la douleur et la tristesse qui accompagnent Margot dans ses choix, on a juste envie d'être amoureux nous aussi. L'amour rend heureux, mais il fait aussi souffrir : la réalisatrice l'a bien compris et a su le retranscrire. C'est bien le charme de Take this waltz : ces scènes entre les Margot et son mari (Seth Rogen, épatant dans un contre-emploi superbe), les étreintes, les mots d'amour au lit, les regards qui disent tout et puis celles avec Daniel (Luke Kirby), timides, jusqu'à ce que les corps se rapprochent petit à petit en s'effleurant (les scènes dans le manège et au bar où elle lui demande de lui raconter ce qu'il lui ferait, sont des bijoux). De la mise en scène à la bande sonore, tout est soigné et l'on ne peut que saluer l'immense talent de Sarah Polley, très bonne actrice qui a su se réinventer en tant que réalisatrice. Chacun de ses films devraient à présent être un évènement. Courrez regarder ce film injustement boudé par les salles de cinéma.

 

Dvd reçu dans le cadre de Dvdtrafic, un grand merci à Cinetrafic.

Take this waltz de Sarah Polley

Sortie en DVD et blu-ray le 15 mai 2013

Distribué par TF1

D'autres films sur Cinetrafic:

- films de filles

- comédies romantiques

 

      http://filmlinc.com/page/-/uploads/films/TakeThisWaltz1.jpg

Par Keira3 - Publié dans : Les excellents films (***/****)
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Vendredi 3 mai 2013 5 03 /05 /Mai /2013 18:07

 http://filmandfelt.com/musings/wp-content/uploads/2012/12/Arbitrage2.jpg

 

Il y a des films qui surprennent. Alors que je n'attendrais pas grand chose du film Arbitrage de Nicholas Jarecki, j'ai été assez suprise par ce portrait d'un millionnaire en pleine chute. Déjà, le "héros" n'en est pas vraiment un : on découvre vite que Robert Miller (Richard Gere) cache des secrets, il trompe sa femme avec une artiste française et a falsifié les comptes de son entreprise suite à une grave erreur. Un héros pas très attachant, surtout lorsqu'on assiste à l'accident auquel il est mêlé et qu'il fuit, par panique, par orgueil aussi et par peur. La dualité du personnage s'installe rapidement et nous sommes partagés : on voudrait qu'il paye pour ce qu'il a fait mais en même temps, c'est un être humain, on ne peut s'empêcher d'avoir de la pitié et de la compassion pour lui. Ce n'est pas un monstre, il aime ses enfants, sa femme, mais a cumulé les erreurs au point d'être dos au mur. Poursuivi par la police concernant l'accident, et sa fille qui souhaite lui parler de comptes de la société, il se débat pour sauver sa peau, mais également celle de sa famille. Il va être confronté à son sens moral et éthique. Jusqu'où est-il prêt à aller pour se sauver? Dans une société qui prône l'individualisation, est-il prêt à laisser quelqu'un d'autre "payer" pour son crime? La réalisation assez classique de Jarecki fait durer le suspense jusqu'au bout, notamment dans le retournement de situation finale. C'est efficace. Les acteurs sont très bons de Richard Gere à Susan Sarandon en passant par la révélation de Another Earth, Brit Marling. Mêlant polar financier, enquête judiciaire et relations familiales, Arbitrage est un divertissement de qualité que je vous conseille.

http://www.gossy.fr/wp-content/uploads/2012/12/Richarg-Gere-Arbitrage.jpg

Arbitrage de Nicholas Jarecki

En DVD le 12 avril 2013

Distribué par Metropolitan Filmexport

 

 

Merci à Cinetrafic pour le DVD !

Tous les bons films ici !

Par Keira3 - Publié dans : Les bons films (**)
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Lundi 29 avril 2013 1 29 /04 /Avr /2013 12:23

 

 

Michel Gondry, cinéaste fantasque, réussit un tour de magie : adapter le roman jugé inadaptable de Boris Vian, L’Écume des jours. Cette histoire c'est celle, romantique, de Colin qui rencontre Chloé, tombe follement amoureux puis, tragique, quand il découvre qu'elle a un nénuphar poussant dans son poumon. Peut-être une des plus belles histoires d'amour du 20e siècle et un des plus grands romans de la littérature française.

 

 

 

Le film, évidemment, divise. Il n'est pas aisé d'adapter la prose fantaisiste et cruelle de Vian. A mon sens, Gondry arrive à s'en emparer et à livrer son adaptation à la fois personnelle mais fidèle. Le piano-cocktail (ou pianocktail) est là, l'arrache-coeur aussi, quand à Jean-Sol Partre, il fait vibrer les foules, donc Chick, le meilleur ami de Colin. Michel Gondry a truffé son film de petits détails déjantés, d’œuvres toutes plus loufoques les unes que les autres. Il a également accordé une grande attention aux couleurs, notamment le passage des couleurs vives au noir et blanc, au fur et à mesure que Chloé dépérit sans que Colin ne puisse rien n'y faire. Le couple d'amoureux condamnés est d'une grâce folle, Romain Duris est touchant comme jamais tandis que Audrey Tautou est légère et pleine de charme (un peu à la façon d'une jeune Audrey Hepburn). Autour d'eux gravitent des seconds rôles magnifiques, Alise (Aïssa Maïga), Chick (Gad Elmaleh), Nicolas (Omar Sy), Charlotte Le Bon (Isis)...Si au début on a le sourire aux lèvres (la rencontre de Colin et Chloé, leur premier baiser, leurs sorties à la patinoire), l'ombre de la maladie et de la mort vient vite assombrir tout ça. On en avait presque oublié que l’Écume des jours n'est pas juste une histoire d'amour, mais également une critique de la société des années 40 (date de publication : 1947) : le coût de la vie (Chick n'arrive pas à payer ses impôts ni à vivre décemment) ainsi que le prix très élevé des médicaments (Colin se ruine pour payer les médicaments pour Chloé),  le commerce des armes, la médiatisation et l'addiction (Jean-Sol Partre), la police, la lutte des classes, la religion, les conditions de travail inhumaines...Mais sur l'air jazzy de Chloé de Duke Ellington, nos héros viennent de se rencontrer, dansent le biglemoi et ne savent pas encore la mort approche à grand pas. Savourons avec eux ces derniers moments de grâce.

 

Cette version de L’Écume des jours ne séduira pas tout le monde et n'est pas exempte de défauts, mais je vous la conseille vivement. Etant un des mes romans préférés, je ne pouvais passer à côté et je n'ai pas été déçue. 

 

Par Keira3 - Publié dans : Les excellents films (***/****)
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Lundi 25 mars 2013 1 25 /03 /Mars /2013 11:20
"Qui sème l'éclair, récolte le tonnerre"




Peut-être avez-vous entendu parler de Ryan Gosling, acteur caméléon, mutique, tendu, qui a promené son regard bleu azur de la romance N'oublie jamais au violent Drive, en passant par plusieurs films aussi divers que de qualité. Son dernier film, The Place beyond the pines, s'inscrit dans la lignée des grands films d'auteurs américains qui laissent un goût de soufre dans la bouche. Si on devait comparer Derek Cianfrance, jeune réalisateur dont c'est le second film à paraître en France (le premier étant inédit), à quelqu'un, ce serait James Gray. Les deux hommes partagent le goût des atmosphères sombres, des tragédies douloureuses et des (anti)-héros tristes et sauvages mais aussi du déterminisme familial et social. Néanmoins, ne réduisons pas Derek Cianfrance à une pâle copie de James Gray : celui-ci a réussi à créer, et ce, dès son second long métrage (Blue Valentine, avec Michelle Williams et Ryan Gosling,épatants de justesse), sa marque, son univers. The Place...est une fresque en trois parties se déroulant sur 15 ans (deux générations), nous plongeant dans une Amérique perdue, corrompue, violente. D'une durée de 2h20, le film prend le temps de dérouler les enjeux, complexes, qui vont se nouer entre les différents protagonistes, sans jamais manquer de rythme.

Luke (Gosling, donc) traîne ses tee-shirts Metallica, ses tatouages et sa moto de ville en ville avec un "cirque". Lorsqu'il revoit Romina (Eva Mendes, sobre), il découvre qu'il a un fils de un an. Il arrête le cirque et décide de se lancer dans le braquage de banques pour assurer un avenir meilleur à ces deux êtres qui sont désormais liés à lui. Jusqu'au jour où il croise le chemin de Avery Cross (Bradley Cooper, excellent un homme torturé), un jeune flic qui veut le coincer. Je n'en raconterais pas plus, pour ne pas gâcher le suspense. Sachez juste qu'un film de cette qualité scénaristique est rare, d'autant qu'il est servi par une belle mise en scène et une musique sublime. Un film puissant, passionné, troublant, tragique, porté par des acteurs en état de grâce.

Par Keira3 - Publié dans : Les excellents films (***/****)
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