3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 17:51

Lucia Puenzo aime les univers troubles. En adaptant au cinéma son roman Wakolda (Le médecin de famille en France), elle filme un homme, un médecin allemand, qui s’installe dans l’hôtel qu’une famille argentine tient en Patagonie en 1960. Celui-ci s’immisce petit à petit dans cette famille tranquille et va s’intéresser plus particulièrement à Lilith, leur fille de 12 ans qui est plus petite que son âge. Sauf que la famille est en danger, puisque ce médecin est un des plus dangereux criminels de guerre nazi…

La jeune réalisatrice filme à hauteur d’enfant, c’est là la beauté de son cinéma. Dans XXY, elle nous montrait une jeune adolescente qui cache un lourd secret (elle est hermaphrodite). Ici, elle se concentre principalement sur Lilith, pré-adolescente coincée dans le corps d’une enfant, qui découvre ici ses premiers émois amoureux, moquée par ses camarades de classe car plus petite que la normale (donc différente) et fascinée par cet homme, Josef Mengele. Sans rien savoir du danger qui la guette, elle accepte de suivre un traitement pour accélérer sa croissance et devenir un “cobaye” du médecin. Si Mengele a vraiment existé, Lucia Puenzo invente sa rencontre avec cette famille argentine. Et comment celui-ci, obsédé par la perfection et le fantasme de la race aryenne, aurait pu observer ces êtres comme des rats de laboratoire et de se lancer dans la production de poupées “parfaites” (on sait tout de même que Mengele est réellement allé à Bariloche et y a conduit des expérimentations sur des animaux et femmes enceintes). Seules Lilith et sa mère ont confiance en cet homme, alors que le père est très vite méfiant ainsi que Nora, bibliothécaire-photographe. On découvre également que l’Argentine était dans les années 60 un lieu plutôt “tranquille” pour les nazis car protégés par des réseaux et une population allemande.

La relation entre Lilith et Josef est le point fort du film. Ils s’attirent et se fascinent, Mengele voulant rendre la jeune fille “parfaite” (ici, la faire grandir), tout comme sa poupée Wakolda (la visite de l’usine à poupée est une sorte de cauchemar éveillé ressemblant étrangement aux camps de concentration). Lilith sent bien que cet homme est trouble, mais elle se laisse faire, elle prend ses “médicaments” en espérant grandir pour devenir ce que la société (les autres enfants) et lui, Mengele, voudrait qu’elle soit.

Lucia Puenzo signe un bon film, un thriller tendu porté par des acteurs excellents (Alex Brendemühl, Natalia Oreiro, Florencia Bado...). Seul petit point noir, selon moi : la réalisatrice reste assez évasive sur le personnage de Mengele (qui donne évidemment un autre nom à la famille) pour accroître la tension et ne dit jamais réellement qui il est (bien que l’on comprenne dans les grosses lignes d’où il vient et ce qu’il a fait). Donc, quand on ne connaît pas Josef Mengele on a parfois un peu du mal à saisir la monstruosité et l’atrocité de cet homme. A part ça, très bon long-métrage, preuve de l’excellente santé du cinéma argentin !

Dvd reçu dans le cadre de l'opération Dvdtrafic par Cinetrafic. Encore une fois, merci !

Le Médecin de famille de Lucia Puenzo

Sortie en DVD le 7 mars

Distributeur Pyramide Films (leurpage Facebook)

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Le Médecin de famille

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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 18:51
Les Rencontres d'après minuit

J’ai rencontré Yann Gonzalez il y a quelques années. De ce jeune cinéaste je ne connaissais que deux court-métrages, By the Kiss (2005, 5 minutes, une merveille) et Entracte (2007). A l’époque, il m’avait dit avoir du mal à réunir les financements pour son premier long métrage. Pourtant, il a réussi, comme je l’ai découvert il y a quelques mois en ouvrant Les Cahiers du Cinéma : “Les Rencontres d'après minuit” sortira en novembre 2013.

Le film se déroule la nuit. Un couple évanescent et sa gouvernante (un travesti) attendent des invités pour une partouze, après minuit. Sont attendus la Chienne, l’Adolescent, l’Etalon et la Star. Les invités arrivent…

Mort, sexe et désir sont les maîtres mots de ce long-métrage de Yann Gonzalez (voir même de son oeuvre). Le film se veut provocateur mais au final, hormis le (faux) pénis énorme de l’Etalon (Eric Cantona), nous ne verrons rien. De quoi en décevoir peut-être certains. Cette orgie est évidemment le prétexte pour la rencontre entre ses personnes qui vont peu à peu dévoiler leurs failles, leurs douleurs, leurs désirs. Des personnages qu’on pourraient penser vampires (l’immortalité du couple par ex.) ou fantômes : dès que le jour apparaît, chacun disparaît,

Rapidement le film invite les différents convives à se raconter à travers des souvenirs/rêves qui s’emboîtent. On passera ainsi d’une séquence (culte) SM où Béatrice Dalle, en commissaire de police, fouette Eric Cantona en slip (puis vice-versa) à un conte mythologique à la Rohmer sur l’amour fou. Tout ça dans des décors en carton pâte, à l’artificialité assumée. Si au début on est perplexe, on se laisse doucement séduire par les personnages (les acteurs sont formidables, j’y reviendrais), les dialogues érotico-poétiques, le juke-box sensoriel et évidemment, la formidable musique de M83 (groupe dont le compositeur est Anthony Gonzalez, le frère du réalisateur).

Parsemé de références en tout genre, dont le cinéma bis et les 80’s (Albator, Cocteau, De Palma, Eric Rohmer, The Breakfast Club...), Les Rencontres d’après-minuit est un premier long-métrage déroutant, voulant parfois trop en dire ou trop en faire. C’est drôle, kitsch, provocateur, rêveur, orgiaque, poétique mais aussi fantasmé, émouvant, très sombre (la scène de la “mort” qui vient frapper à la porte est magnifique).

Si le film fonctionne plutôt bien, c’est aussi grâce à son casting impeccable : le couple Niels Schneider/Kate Moran (et son accent anglais superbe), Alain-Fabien Delon (le fils de…, très charismatique), Julie Brémond, Fabienne Babe, Eric Cantona, Nicolas Maury et Béatrice Dalle. Ils traversent avec élégance ce film hybride, même lors de scènes provocatrices ou grotesques (on pense à celle de Cantona se plaignant de son pénis trop gros qui l’évince complètement).

Si le film débute comme une promesse de sexe torride et déchaîné, il se révèle au final, un film d’amour. La dernière scène du film, émouvante, à l’aube, lorsque les corps se séparent, en est la (belle) preuve. Les Rencontres d’après-minuit ne manquera pas de séduire comme de déstabiliser. Il reste néanmoins une oeuvre étrange qui ouvre les portes du 7e art à un jeune réalisateur plein d’avenir.

Les + : le coffret DVD/Blu-ray/CD est superbe. Le distributeur Potemkine a fait du très bon travail ! En plus du film (DVD/BR) vous trouverez le CD de la bande-originale de M83. Outre le film, c’est avec un grand plaisir que l’on regarde les 4 courts-métrages du jeune cinéaste (By the Kiss, Les Astres noirs écrit pour Julien Doré, Nous ne serons plus jamais seuls, Land of my dreams). De quoi découvrir ou redécouvrir l'univers singulier de ce jeune auteur. Egalement quelques scènes coupées commentées et les essais costumes. Beau travail !

DVD reçu dans le cadre Dvdtrafic par Cinétrafic. Un grand merci !

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"Les Rencontres d'après minuit" de Yann Gonzalez

Distribué par Potemkine - Page Facebook

Sortie du coffret le 4 mars 2014

Les Rencontres d'après minuit

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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 13:46

Le cinéma danois a de beaux jours devant lui. Digne héritier de Nicolas Winding Refn, Michael Noer signe un second film puissant. Northwest est un bon polar, excellent même. Outre sa dimension social et son regard glaçant (mais non dénue d'émotions) sur ces personnages, il bénéficie d'une solide mise en scène.

Casper est un jeune homme de 18 ans qui vit avec son frère de 17 ans, sa petite soeur et sa mère. Il arrive à gagner un peu d'argent en volant des objets de valeur qu'il revend ensuite à un type de son quartier. Un jour, un homme, Bjorn, l'approche pour lui demander de lui revendre directement du matériel volé. Casper le rencontre et découvre une mafia qui sévit dans la ville (prostitution notamment). Ambitieux, le jeune homme décide de monter les échelons et de se faire "une place au soleil".

Portrait d'une jeunesse danoise en perte de vitesse et de repères, Northwest prend place dans un des quartiers les plus pauvres de Copenhague (Nordvest en danois), quartier également multi-culturel (ce qui est bien représenté dans le film). On y découvre rapidement Casper, sa famille (pas de père, absence qui est la pierre angulaire du film), ses petites arnaques, ses amis. Pas un mec super bien, mais pas un mauvais bougre non plus (attitude très paternelle envers sa petite soeur et son frère notamment). Michael Noer évite donc clichés du genre, misérabilisme et traitement manichéen des personnages : il tisse avec finesse la relation entre Casper et Bjorn (qui représente la figure du père que le jeune homme n'a pas eu) puis la bascule dans ce monde cruel jusqu'au point de non-retour. Le réalisateur embrasse le point de vue de Casper, son manque de recul, de jugement. Le spectateur est rapidement pris à la gorge, au fur et à mesure que le héros s'enfonce dans les bas-fonds de la ville, qu'il se mêle à ce réseau de prostitution, que l'on sent des ombres lui courir après et se rapprocher inexorablement (Jamal et son gang). Casper est pris dans cette toile, entraînant son frère avec lui. La caméra se fait de plus en plus nerveuse. Si au début le quartier était en apparence calme, il semble "exploser" au fil du récit (violences, racisme, coups de feu....).Pour l'argent, ces hommes sont prêts à tout. Mais lorsque Casper s'en rend compte, il est déjà trop tard (la scène finale est haletante, tendue mais également émouvante).

Film de gangsters, à la fois polar et drame social, Northwest se veut miroir d'une jeunesse et d'un quartier laissés pour compte. Outre le talent de Michael Noer, il faut saluer son casting, quasiment constitué d'acteurs non-professionnels, et surtout le duo Gustav Dyekjaer Giese (Casper) et Oscar Dyekjaer Giese (Andy), frères dans le film et dans la vie. Qu'une belle carrière les attendent tous, ils le méritent.

DVD reçu dans le cadre de l'opération DVDtrafic. Merci à Cinétrafic !

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Editeur BAC Films

Bac Boutique et Page Facebook

Sortie en DVD et Blu-ray le 18 mars 2014

Northwest

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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 17:41
Snowpiercer - Le Transperceneige

Bong Joon Ho dynamite le monde de la SF avec l'adaptation cinématographique de la BD Le Transperceneige imaginée par Jean-Marc Rochette, Jacques Lob et Benjamin Legrand en 1984 (trois tomes réunis en un seul à l'occasion de la sortie du film). Le réalisateur coréen a qui l'on doit Memories of Murder et The Host met au service de cette histoire tout son savoir-faire pour un film futuriste hors du commun.

En 2031, nouvelle ère glaciaire, les seuls survivants de la planète vivent dans un train qui ne s'arrête jamais. Un système de castes s'est mis en place au grand dam d'une partie des passagers : les plus pauvres vivent dans le dénuement le plus profond à l'arrière du train, tandis que les plus riches vivent la grande vie à l'avant. Mais des hommes décident de se lever face à cette injustice.

Sur le papier, le pitch est assez conventionnel et manichéen. Que cela ne vous empêche pas d'y aller, la vérité est tout autre ! Le point de départ classique (une lutte des classes qui débouche sur une rébellion) va mettre en branle un huit-clos ultra-violent qui se fait critique et rue dans les brancards du politiquement correct. Ultra-violent et ultra-stylisée, l'oeuvre de Bong Joon Ho nous en met plein les yeux et nous colle au fauteuil. Le réalisateur arrive avec brio à mêler spectaculaire, action et explosion et réflexion, philosophie et humanité. Snowpiercer ne ressemble à rien, fabrique ses propres références, alterne scènes de massacre et dialogue poignant sur une humanité perdue, fascine autant qu'il peut parfois dégoûter, tout cela en maintenant une cohésion et une ligne directrice qui évite les écarts. Esthétiquement, c'est magnifique - des paysages gelés de la terre aux différents wagons du train ayant chacun leur univers - , et le casting est impeccable : Chris Evan, John Hurt, Tilda Swinton (épatante), Ed Harris, Olivia Spencer, Jamie Bell et Song Kang-Ho et Ko Asung, duo hyper charismatique.

Bong Joon Ho ne s'embarrasse d'aucun sentimentalisme et va jusqu'au bout de cette quête humaine, laissant derrière ses héros une rivière de sang et un goût de soufre dans la bouche. Franchement, courrez-y !

Snowpiercer - Le Transperceneige

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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 22:35

Benjamin Avila passe directement dans la cour des grands avec Enfance Clandestine, son premier long de fiction (il a d’abord réalisé un documentaire). Enfin, fiction mais pas tant que ça, puisque le film “tiré de faits réels” puise dans ses propres souvenirs et sensations, et prend place pendant la dictature latino-américaine en Argentine 1979: les parents du héros sont des militants montoneros exilés à Cuba qui décident de revenir dans leur pays d’origine pour lancer une contre-offensive.

C’est à travers Juan que le film se déploie et que l’on découvre les enjeux. Traqués par la police, lui, ses parents, sa petite soeur et son oncle, se cachent dans une maison où leurs camarades et famille ne peuvent venir que les yeux bandés et cachent leurs armes dans des boîtes de cacahuète en chocolat. Juan devient Ernesto et doit cacher son identité, ne pas se trahir. Ce qu’il prenait comme un jeu au début va devenir de plus en plus lourd et l’atmosphère est de plus en plus tendue. On sent le respect et l’amour qu’à Benjamin Avila pour ces militants, ce père et cette mère, aimants (gros plans sur leurs visages, leurs étreintes), mais son recul d’adulte aujourd’hui voit également comment l’enfance de ce petit garçon a été sacrifié. C’est là toute l'ambiguïté du film et qui le rend si bouleversant. La scène entre la grand-mère de Juan et sa mère est déchirante : se heurte bruyamment, sauvagement, l’amour d’une grand-mère et d’une mère, l’une voulant protéger ces petits-enfants d’un danger, d’une mort qui approche de plus en plus vite, l’autre refusant qu’on lui vole son rôle de mère.

Le film raconte le parcours initiatique entre l’enfance et l’âge adulte d’un petit garçon et fait en filigrane le portrait de l’Argentine des années 1970. Juan va à l’école, fête son anniversaire (à une date qui n’est pas la sienne, mais celle de ce Ernesto), tombe amoureux de la gracieuse Maria...Il veut vivre comme un enfant “normal” mais les sirènes de police et les hommes qui tombent autour de lui l’en empêchent. Lorsque ses parents l’interdisent de retourner à l’école (trop dangereux, le filet se ressert autour d’eux), Juan décide de choisir l’amour et dans un geste de révolte, prend son sac et court chez Maria. Il lui parle de Brésil, de partir, de s’aimer, de grandir sans adultes, de ses idéaux à lui. Mais la réalité le rappelle à l’ordre. La fin se précipite sur eux et laissera des larmes et du vide. Si les thèmes du militantisme et de la clandestinité chargent en tension ce film, c’est l’histoire d’amour entre ces deux enfants qui apporte innocence et pureté. Avoir pris comme point de vue ceux des enfants, et non des adultes, - comme c’est souvent le cas - (Wes Anderson l’a fait récemment avec Moonrise Kingdom) , apporte une touche de fraîcheur, d’originalité et d’émotion.

La réalisation de Benjamin Avila, sensorielle et sensible, plonge le spectateur dans l'histoire de ce jeune garçon. La musique, magnifique, apaise la dureté du propos. Et quand la violence est trop forte, les images “réelles” se transforment en dessins : on est ainsi immergé dans l’esprit de Juan, tentant d’échapper à la violence qui l’entoure en l’atténuant par des "coups de crayons".

Enfance Clandestine que l’on a qualifié de meilleur film latino-américain 2013 et qui a été sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs 2012, est une claque, un récit poignant, porté par des acteurs fabuleux et un scénario tendre et violent à la fois. A ne pas rater !

DVD reçu dans le cadre de l'opération DVDtrafic par Cinetrafic. Un grand merci !

Enfance Clandestine de Benjamin Avila

DVD sorti le 1er octobre, distribué par Pyramide Films

Sur Cinetrafic :

Film fantastique 2013

Film guerre 2013

Enfance Clandestine

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 22:11

Martin Scorsese n'aurait pas renié ce Iceman, plongée trouble et sur le fil du rasoir dans la vie de Richard Kuklinski, tueurs à gages dans les années 70. C'est pourtant au quasi inconnu Ariel Vromen que l'on doit ce polar seventies noir et glaçant qui fait partie des bonnes surprises de l'année.

On a pourtant déjà vu de nombreux films "tirés de faits réels" retraçant la vie de "anti-héros" (assassins, serial killers, tueurs à gages, cambrioleurs et j'en passe), s'attachant à vouloir les comprendre, raconter leur vie. Il n'est donc pas toujours facile de se faire remarquer. Pourtant Ariel Vromen s'en sort avec les honneurs, conjuguant sobriété bienvenue (pas de mélo, pas d'effusions de sang à tout va) et noirceur glaçante (Richard Kuklinski est d'une insensibilité flippante).

Le choix du réalisateur sera d'équilibrer les scènes intimistes, avec sa famille, et sa vie de tueur à gages, ce qui permet de conserver une certaine de neutralité. Ariel Vromen ne cherche pas à le défendre, ni le condamner, mais de montrer comment un homme ultra-violent (il congelait ses victimes pour que la police ne sache pas l'heure de la mort, d'où le surnom "Iceman") a réussi à être un père de famille "normal" durant plusieurs années. Cela pourra déstabiliser les spectateurs qui s'attendrait à une biographie en bonne et due forme : le film est assez gourmand en ellipses et survole beaucoup d’éléments et de meurtres de the Iceman (c'est d'ailleurs le plus gros reproche du film). On se souviendra néanmoins longtemps de la course poursuite en voiture et du pétage de plomb chez lui du personnage principal, sommets nerveux et haletants.

S'il ne s'attache pas à tout dévoiler de la vie de cet homme, monstre de violences le jour et père aimant le soir, The Iceman est de bonne facture même si manquant de profondeur. Pourquoi donc le film sort-il vraiment du lot? Allez, abattons l'atout: le casting, ou plutôt Michael Shannon. Acteur exceptionnel, brûlant d'une colère sourde, d'une violence réprimée, yeux de glace et mâchoire serrée, puis explosant au grand jour, magnétique. Autant dire que l'acteur (déjà vu dans Take Shelter, Mud et la série Boardwalk Empire) est le souffle puissant du film, l'emportant d'un seul regard vers un autre niveau. On sera également heureux de retrouver Winona Ryder, excellente en femme aveuglée par l'amour, Ray Liotta, James Franco, David Schwimmer et Chris Evans en second rôles sympathiques.

DVD reçu dans le cadre de Dvdtrafic, organisé par Cinetrafic.

The Iceman de Ariel Vromen

Sortie du DVD/Blu-ray le 09 octobre

Distribué par Metropolitan Filmexport

Mot clés : Filmaction 2013

​Tous les films d'action sur Cinetrafic

The Iceman

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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 21:51

Saviez-vous que Stephenie Meyer avait écrit autre chose que la saga Twilight? Dans Les Ames Vagabondes, il n'est pas question de vampires mais d'extra-terrestres qui envahissent la Terre et prennent le contrôle des corps des humains. En effet, les "âmes" (des boules bleues brillantes de la taille d'une main) prennent possession des corps et remplacent leurs âmes. On peut les repérer grâce à leurs yeux qui brillent d'un éclat bleu surnaturel.

Ainsi, l'héroïne de cette nouvelle trilogie (un seul volume est sorti à l'heure aujourd'hui), Melanie Stryder est capturée au début du film. Mais malgré la présence de l'âme dans son corps, celle-ci se bat pour reprendre le contrôle. L'âme (surnommée Gaby), poussée par la forte présence de Melanie, s'enfuit et part retrouver Jared, l'homme que Melanie aime (vous suivez jusque là?)

C'est Andrew Niccol, un maître de la science-fiction (Bienvenue à Gattaca, dernièrement Time Out, moins bon mais correct) et réalisateur du petit bijou Lord of War (qui avait offert à Nicolas Cage un de ses meilleurs rôles depuis ses 10 dernières années) qui est aux manettes. Autant dire qu'on aurait espéré beaucoup beaucoup plus ! En effet, au début le film développe une intrigue d'anticipation classique mais qui tient la route jusqu'à ce que Gaby arrive chez les rebelles et retrouve Jared, l' "ancien" petit ami de Melanie, et Ian, qui n'est pas insensible au charme de Gaby. Un triangle amoureux se forme (tient ça vous rappelle pas quelque chose ?) et Gaby/Melanie passe une heure du film à papillonner et s'interroger entre ces deux garçons sans qu'aucune alchimie ne se forme. Pourtant Max Irons n'est pas mal, Saoirse Ronan joue très bien, mais cela est beaucoup trop artificiel pour être passionnel, trop niais pour vraiment nous séduire et nous convaincre de cet amour, sensé être plus fort que l'âme tentant de prendre le contrôle.

Les scènes de combats sont sympathiques, les décors bien faits, la photographie jolie, visuellement le film est plaisant à regarder. On regrettera juste une histoire d'amour prenant le dessus sur la partie SF, surtout quand on sait de quoi est capable Andrew Niccol, ici sous-employé. La fin qui laisse présager une suite donne quand même envie de connaître le futur de nos -désormais- 4 héros. Pas désagréable mais rien de bien stimulant ou renversant dans ce film plutôt destiné à un public adolescent. Pour les autres, essayez Elysium de Neill Blomkamp, plus désespéré et nerveux.

Dvd reçu dans le cadre de l'opération Dvdtrafic. Merci Cinetrafic !

Les Ames Vagabondes de Andrew Niccol

Sortie en DVD et Blu-ray le 17 août

Distributeur : Metropolitan Filmexport

Retrouvez sur Cinetrafic des thrillers ainsi quel'amour impossible au cinéma.

Les Ames Vagabondes

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13 juillet 2013 6 13 /07 /juillet /2013 21:02

Le cinéma français est en bonne forme : Stéphane Brizé, Noémie Lvosky, François Ozon, Jacques Audiard, Rebecca Zlotowski, pour ne citer qu'eux, lui redonnent un nouveau souffle.

Parmi la nouvelle vague des jeunes cinéastes français, parlons de Christophe Sahr, ou plutôt de son premier long métrage, Voie Rapide, thriller dramatique porté par deux jeunes comédiens en puissance : Christa Theret et Johan Libéreau. Il y est question de tuning, de jeunesse, d'amour et d'amitié mais aussi de culpabilité, du passage à l'âge adulte, de deuil.

En posant sa caméra dans le petit appartement que partage le couple et leur petite fille, le réalisateur ancre son film dans une réalité sociale qui ni cliché ni nauséabonde. Le couple a un travail, lui possède même une voiture de tuning, bref ils s'en sortent même s'ils ont parfois du mal à joindre les deux bouts. Et puis un soir c'est le drame. Alex renverse un jeune homme sur une voie rapide. Pris de panique, il fuit et dès le lendemain va faire réparer l'impact sur sa vitre ("une biche s'est jeté sur ma voiture" explique-t-il). Il n'en parle ni à son meilleur ami, ni à sa copine. Mais la culpabilité commence à le ronger, surtout quand il lit dans les journaux que le garçon est mort.

Voie Rapide c'est d'abord le chemin - cahoteux, violent - que va devoir emprunter ce jeune homme pour grandir. Il va devoir apprendre à faire face à ses sentiments et ses devoirs (il est quand même père !), et à ne plus fuir. Cette fuite en avant culminera dans une scène sur l'autoroute où il tentera de rentrer dans la voiture de son meilleur ami avant de s'achever dans la maison qu'occupait, avant sa mort, le jeune homme qu'il a renversé. A travers le personnage de la mère du défunt (Isabelle Candelier, touchante), c'est évidemment la figure maternelle qu'il essaie de retrouver et c'est dans une belle étreinte maladroite que Alex se dévoile : il n'est qu'un petit garçon effrayé, à la recherche d'amour. C'est dans les bras de "la mère" qu'il va tenter de le trouver avant de réaliser que Rachel (Christa Theret, lumineuse) ne cherche qu'à le lui donner.

Même si les tons noirs et sombres dominent, c'est dans la lumière que le film se finira. Que quelques mots, à la fois banals et importants, seront dits ("Je t'aime"). Un beau premier film pour un jeune réalisateur promis à un bel avenir.

Voie Rapide de Christophe Sahr

Edité par Epicentre films

Sortie en DVD le 25 juin 2013

DVD reçu dans le cadre de l'opération Dvdtrafic par le site Cinetrafic. Un grand merci !

Autres films d'amour

Voie Rapide

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 19:35

http://image.toutlecine.com/photos/l/e/0/le-passe-15-05-2013-3-g.jpg

 

Je suis sortie de la séance du Passé d'Asghar Farhadi il y a peine une heure et il faut que je prenne le clavier tout de suite pour écrire quelques mots. Grande admiratrice du cinéaste iranien qui est pour moi l'un des plus grands de ce siècle (Les enfants de Belleville et Une séparation sont des chef-d'oeuvres), je ne pouvais que me précipiter sur son dernier film en compétition au Festival de Cannes. Autant dire que celui-ci est un concurrent plus que sérieux.

C'est l'histoire de Marie qui vit en France avec ses deux filles et son nouveau compagnon, lui aussi ayant un fils. Le film commence lorsque Ahmad, l'époux de Marie, arrive d'Iran chez eux après 4 ans de séparation pour signer les papiers du divorce. Le passé va les rattaper, chacun à leur manière. Voilà. Je ne peux vous en dire plus, ce serait vous gâcher le film. Sachez que Le Passé touche, bouleverse. Au fur et à mesure que Ahmad découvre la nouvelle vie de sa "femme", nous découvrons avec lui des secrets, un passé qui va resurgir et secouer les protagonistes de ce drame humain et réaliste. La mise en scène d'Asghar Farhadi, discrète et utilisant à merveille le hors champ (comme dans Une Séparation), met en avant la beauté fragile de Bérénice Béjo, exceptionnelle, et de ses deux partenaires, les excellents Tahar Rahim (Un Prophète) et Ali Mosaffa (Une Séparation). Il y a le passé de ce trio : un acte, un choix, une rencontre, une tache sur une robe, le regard d'un enfant, une femme, une maison, un amour éteint, des regrets...Chacun participe à un tout, une grande histoire, dans laquelle chacun amène ses choix, sa moralité, ses désirs, ses regrets pour mieux s'y confronter.
Pour son premier film français, le cinéaste garde le même sens du rythme et ses thèmes fétiches : les secrets, les mensonges, le passé, les conflits familiaux, l'amour, l'éducation des enfants...Comme dans ses précédents films, c'est l'arrivée d'un "intrus", d'une personne extérieure dans une famille, qui va mettre en avant les failles et les mensonges (voir La Fête du feu et Une Séparation). Les enfants ont également à nouveau des rôles forts, importants. Asghar Farhadi est l'un des rares réalisateurs à leur donner de la profondeur, à l'égal des adultes.

Le drame familial qui se noue dégage au fur et à mesure du récit une ampleur bouleversante, qui nous met K.O (la dernière scène est un uppercut en pleine face). La Palme d'Or? On en reparle dans quelques jours...

 

http://medias.unifrance.org/medias/16/134/99856/format_page/le-passe.jpg

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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 18:31

 http://www.ifi.ie/wp-content/uploads/take_this_waltz-2.jpg

 

Avant tout, il faut parler d'elles. Deux femmes : Sarah Polley et Michelle Williams. L'une rousse, peau diaphane, discrète, qu'on ne verra pas mais qu'on sentira derrière chaque plan. L'autre blonde, éclatante, magnifique, qui bouffe l'écran à chaque plan, chaque regard, de fait, on ne voit qu'elle. Et puis, il y a un film. Une histoire d'amour(s), une histoire d'adultère, une histoire de passion(s), une histoire sur une femme qui aime, beaucoup sans doute, mal peut-être. Elle s'appelle Margot, vit heureuse avec son mari Lou, auteur de livres de cuisine spécialisés sur le poulet. Un jour, alors qu'elle rentre de France pour son travail, elle rencontre dans l'avion Daniel. Le jeune homme est séduisant, drôle. Et il habite en face de chez eux. 

Comment faire quand on tombe amoureux alors que l'on est marié? Outre cette question que divers réalisateurs ont développé (de Sur la Route de Madison à The Deep Blue Sea), Sarah Polley filme également "l'après", les conséquences, à travers un beau travelling autour d'un lit. Le sexe. Et puis la vie commune. L'ennui. Les regrets ? Ai-je fait le bon choix? semble nous crier le beau regard de Michelle Williams dans la dernière scène du film. Une question que Sarah Polley laisse en suspens, préférant nous laisser le choix de répondre cette question. La grande force de la cinéaste est de ne jamais juger ses personnages mais de montrer en petites touches tendres comment on peut tomber amoureux d'un autre alors qu'on est marié (l'adultère est souvent un thème filmé de manière négative, ici c'est lumineux même si mélancolique).

Sarah Polley tisse un drame remarquable jamais larmoyant, lumineux, solaire, à l'image de son premier long-métrage, Loin d'elle (Away from her, 2006, avec Julie Christie). Elle est une des rares réalisatrices à filmer aussi bien les petits touts et les petits riens de l'amour, cette magie qu'il y a entre deux personnes qui ne s'explique pas. Malgré la douleur et la tristesse qui accompagnent Margot dans ses choix, on a juste envie d'être amoureux nous aussi. L'amour rend heureux, mais il fait aussi souffrir : la réalisatrice l'a bien compris et a su le retranscrire. C'est bien le charme de Take this waltz : ces scènes entre les Margot et son mari (Seth Rogen, épatant dans un contre-emploi superbe), les étreintes, les mots d'amour au lit, les regards qui disent tout et puis celles avec Daniel (Luke Kirby), timides, jusqu'à ce que les corps se rapprochent petit à petit en s'effleurant (les scènes dans le manège et au bar où elle lui demande de lui raconter ce qu'il lui ferait, sont des bijoux). De la mise en scène à la bande sonore, tout est soigné et l'on ne peut que saluer l'immense talent de Sarah Polley, très bonne actrice qui a su se réinventer en tant que réalisatrice. Chacun de ses films devraient à présent être un évènement. Courrez regarder ce film injustement boudé par les salles de cinéma.

 

Dvd reçu dans le cadre de Dvdtrafic, un grand merci à Cinetrafic.

Take this waltz de Sarah Polley

Sortie en DVD et blu-ray le 15 mai 2013

Distribué par TF1

D'autres films sur Cinetrafic:

- films de filles

- comédies romantiques

 

      http://filmlinc.com/page/-/uploads/films/TakeThisWaltz1.jpg

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